Épinard 🌳#33 - Mode : investir pour en finir avec la fast fashion

10 déc. 23

Hello 🌳,

Aujourd'hui on va parler mode !
Enfin, surtout de son impact.

Si on connaĂźt assez bien le podium des secteurs qui Ă©mettent le plus (production d’énergie, transports et production alimentaire), on oublie souvent le suivant : l’industrie textile, avec sa fast et mĂȘme ultra fast fashion

Un secteur, oĂč il est difficile de percevoir la facture environnementale associĂ©e tellement ses activitĂ©s se passent loin de nous.

Regardons ensemble :

🌍L’impact environnemental du textile
💰Pourquoi la France à un coup à jouer sur le textile
💾Quelques pistes pour investir dans la mode responsable.

C’est parti !
Gaël

👋
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👕 Ultra fast fashion vs Mode responsable

Les ordres de grandeurs de l’ultra-fast-fashion font froid dans le dos. Rien que pour Shein, le leader du secteur, on parle de :

  • Plus de 10 000 nouveaux articles par jour
  • Une application parmi les plus tĂ©lĂ©chargĂ©es dans plus de 50 pays
  • Deux Ă  trois jours de dĂ©lai entre la crĂ©ation et la commercialisation (hors livraison) d'un nouveau produit

DĂ©jĂ  que je trouvais la fast-fashion ridicule, lĂ , on atteint des sommets.

La production de vĂȘtements a tout simplement doublĂ© entre 2000 et 2014, alors que la population mondiale a crue de seulement 20%.
On va avoir besoin d’un paquet de dĂ©vendeurs pour enrayer tout ça !

Heureusement, il existe des alternatives de qualitĂ© pour s’habiller durablement et sans flinguer la planĂšte.
J’y reviens en fin de newsletter.

🌍 Industrie textile et environnement

D’un cĂŽtĂ©, l’empreinte carbone du secteur textile se situerait autour de 3,3 milliards de tonnes de CO2eq (chiffres de 2018), pour la production de matiĂšre premiĂšre, sa transformation, sa distribution et sa fin de vie mais sans les Ă©missions liĂ©es Ă  l'usage (lavage etc).
J’utilise le conditionnel car pour les Ă©missions liĂ©es au textile les sources divergent pas mal, je vous ai mis ici celle qui me semblait la plus crĂ©dible et exhaustive.

Selon l’ADEME, si on continue sur la voie actuelle, le secteur du textile pourrait mĂȘme reprĂ©senter 26% des Ă©missions de GES globales en 2050.

De l’autre cĂŽtĂ©, c’est sa consommation d’eau qui inquiĂšte.
Le textile est le troisiÚme secteur le plus gourmand aprÚs la culture du riz et celle du blé.
Captant ainsi presque 4% des ressources en eau potable de la planĂšte.

Creusons un peu pour comprendre d’oĂč proviennent ces impacts et comment nous pouvons les limiter.

Un secteur accro aux Ă©nergies fossiles.

Selon l’étude Quantis de 2018, la majeure partie des Ă©missions proviendraient, non pas de la production de matiĂšre premiĂšre (15% des Ă©missions) mais de la prĂ©paration des fils (28% des Ă©missions) et des Ă©tapes de teintures et de finitions (32% des Ă©missions).

Ces deux Ă©tapes sont trĂšs Ă©mettrices car elles nĂ©cessitent beaucoup d’énergie, pour chauffer l’eau des teintures par exemple, et sont rĂ©alisĂ©es dans des pays utilisant principalement des sources d’énergie fossiles.

Assez paradoxalement, le transport ne reprĂ©sente que 1% de l’empreinte carbone.
C’est plutĂŽt comprĂ©hensible quand on sait que le textile se dĂ©place principalement en navires qui ont une des empreintes les plus faibles rapportĂ©e au poids transportĂ© (cf notre Ă©dition sur le transport maritime).

Le secteur est également accro au pétrole pour produire des fibres synthétiques comme le polyester : 70% des fibres synthétiques sont des dérivées du pétrole.

Quand textile et eau ne font pas bon ménage

MĂȘme si on aime bien parler du CO2 et du climat, l’environnement ne se limite pas Ă  ça.
L’industrie textile en est un bon exemple par son impact sur l’eau.

La production des matiĂšres premiĂšres comme le coton (24% des textiles) en est trĂšs gourmande.

Mais pour la culture du coton, c’est surtout la consommation massive d’engrais et de pesticides qui se retrouvent in fine dans le cycle de l’eau qui est critiquĂ©e.

Il faut ensuite fabriquer nos vĂȘtements et lĂ  aussi, c’est un peu la cata.
Les produits utilisĂ©s pour transformer et teinter les fils sont souvent toxiques et finissent Ă©galement dans l’eau aprĂšs lavage.

💡
Micro-plastiques
D’ailleurs, si vos vĂȘtements sont en matiĂšre synthĂ©tique (68% des textiles), c’est lors du lavage qu’ils polluent le plus l’eau, en relĂąchant des microparticules de plastiques (cf notre Ă©dition sur les ocĂ©ans).

Des alternatives existent

En connaissant les principales sources de pollution de l'industrie, il est possible de rĂ©duire l’impact de ses achats de textiles :

  • En privilĂ©giant des matiĂšres naturelles et d'origine biologique si possible comme le lin, le chanvre ou encore le coton et les matiĂšres recyclĂ©es pour les vĂȘtements en synthĂ©tique
  • En se crĂ©ant un vestiaire auprĂšs de marques ayant Ă  cƓur la durabilitĂ© de leurs vĂȘtements.

Bon et puis il y a toujours la solution issue du bon sens paysan : acheter moins de vĂȘtements.

💰 Pourquoi la France doit ĂȘtre un acteur majeur du textile ?

Aujourd’hui, on va la jouer un peu chauvin et regarder pourquoi la France a une vĂ©ritable carte Ă  jouer dans la mode durable.

La débùcle des années 90 et le renouveau

Dans les annĂ©es 90, l'industrie textile française, notamment le prĂȘt-Ă -porter, a subi un dĂ©clin marquĂ©. C’est un euphĂ©misme. Entre 1996 et 2015, l'industrie a perdu :

  • 51 % de sa production
  • 40 % de sa valeur ajoutĂ©e
  • 66 % de ses effectifs salariĂ©s

Dans un contexte mĂ©lant dĂ©localisation et montĂ©e du e-commerce, on s’est concentrĂ© sur les productions Ă  trĂšs forte valeur ajoutĂ©e : luxe, textile technique etc.

Mais depuis la fin des années 2010, l'industrie textile en France connaßt un renouveau. En 2017, pour la premiÚre fois depuis 40 ans, l'Union des Industries Textiles a enregistré une augmentation des effectifs de 3,6 %, soit 2 000 emplois supplémentaires.

Ce renouveau est porté par l'évolution de la demande des consommateurs vers une mode plus éthique et des achats « fabriqués en France ».
En 2022, 58% des Français considĂ©raient que le “Made in France” Ă©tait un critĂšre d’achat prioritaire.
Un Ă©lan soutenu par le gouvernement dans le cadre de son plan d’investissement France Relance.

La France 1er producteur de lin

France Fact : Nous sommes leader incontesté de production de lin avec 75% de la production mondiale.

Et si vous vous souvenez bien, le lin fait partie des matiĂšres qui ont le moins d’impact Ă©cologique.
Pourtant aujourd’hui, le lin est envoyĂ© en majoritĂ© en Chine ou en Pologne pour transformer sa fibre en fil.
Un processus fortement Ă©missif quand il est rĂ©alisĂ© Ă  partir d’énergies fossiles.
Un non-sens écologique et tactique quand on sait que la France possÚde toutes les compétences pour créer une filiÚre lin 100% française.

C’est d’ailleurs pour ça que plusieurs entrepreneurs, non sans difficultĂ©s, tentent de rĂ©installer des filiĂšres locales de textile en lin (Velcorex, Safilin, Linfini
).

La France, un pays Ă  l’électricitĂ© bas-carbone

Il faut le rappeler : cadeau générationnel, notre parc de centrales nucléaires nous donne accÚs à un mix électrique trÚs peu carboné.

De quoi fournir l’énergie nĂ©cessaire aux diffĂ©rentes Ă©tapes de la production de textile.
Si l’on rajoute Ă  cela notre savoir-faire historique dans ce domaine, et note production de matiĂšre premiĂšre locale : nous sommes idĂ©alement placĂ©s pour devenir un leader de la mode durable.

Avec quelques limites

Il ne faut pas se voiler la face, cela ne se fera pas aisément.
On parle d’une filiĂšre entiĂšre Ă  relocaliser : construire des usines, former du personnel, recrĂ©er un Ă©cosystĂšme d’entreprises de toutes tailles.

Et il y aura surtout la bataille du prix.
Un vĂ©ritable dĂ©fi, face Ă  aux flots de produits peu chers en provenance de Chine ou d’Inde.

Surtout quand le coût environnemental se paye aussi loin de nous.

Pour aller plus loin, voici un article complĂ©mentaire qui illustre bien l’impact de nos vĂȘtements.

💾Comment investir dans la mode responsable ?

Il y a quelques secteurs oĂč l’on en vient Ă  se dire qu’on s’est quand mĂȘme tirĂ© une belle balle dans le pied il y a quelques annĂ©es...
Mais si l’on veut reconstruire notre industrie textile, cela ne se fera pas sans investir.
Et là, vous me voyez arriver
 Chacun peut y participer à son niveau.

Se vĂȘtir “Made in France”

On commence par balayer devant son placard.
On vise les produits "Origine France Garantie" - et oui, l'appellation "fabriquĂ© en France", n’est pas un label mais auto-dĂ©claratif.
La boutique en ligne WeDressFair a listé dans cet article quelques marques françaises et écoresponsables.
Pratique avec les fĂȘtes qui arrivent. 😉

Investir directement dans les entreprises de la filiĂšre

Les campagnes de financement participatif du secteur sont plutĂŽt courantes.
Voici quelques noms d’entreprise ayant rĂ©alisĂ© des campagnes rĂ©cemment et qui pourraient ĂȘtre susceptible de relancer une campagne :

  • Loom : une marque de mode ultra-durable (TrĂšs fan de leurs vĂȘtements Ă  titre perso)
  • OMAJ : une boutique de vĂȘtements de seconde main
  • 1083 : la marque de Jeans 100% français
  • Leon Flam : maroquinier 100% français
  • Le Slip français

et bien d’autres encore.

Des fonds d’investissements s’intĂ©ressent aussi au secteur, j’ai vu passer une levĂ©e de la sociĂ©tĂ© EverDye qui propose de nouveaux procĂ©dĂ©s moins Ă©missifs et moins polluants pour teindre nos vĂȘtements.

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Rappel des risques par l'exemple
Tout n’est pas rose dans le monde du textile français, j’en veux pour preuve les difficultĂ©s du groupe Schmitt qui regroupe Velcorex, Philea & Emanuel Lang. AprĂšs dĂ©cision du tribunal administratif, ce pionnier de la filiĂšre locale de l’habillement est dĂ©mantelĂ©.
Velcorex sera repris par une SCOP de salariés, Philea et Emanuel Lang sont eux placés en liquidation judiciaire.
Velcorex avait fait l’objet de plusieurs campagnes de financement participatif.

Et du cÎté du coté ?

Ici, on reste plutĂŽt sur notre faim.
Je n'ai pas connaissance de fonds dédiés à l'industrie textile durable. Encore moins à la réindustrialisation du textile français.

Chez nos voisins, j'ai trouvé une petite entreprise suédoise cotée qui recycle le coton : Renewcell.
Elle a vu entrer quelques grands noms à son capital il y a quelques années, dont son voisin H&M.
Depuis son cours de Bourse s'est effondré mais difficile à dire s'il remontera la pente.

Malheureusement, pas grand-chose d'autre à se mettre sous la dent en attendant l'introduction de nos champions français.

Comme à mon habitude, je vous tiendrai au courant si je vois passer des nouveautés sur le sujet.


Et voilà pour ce tour de la mode responsable, qui ressemblerait presque à un plaidoyer pour la relocalisation de la filiÚre textile française.

Je suis preneur de votre retour sur cette Ă©dition.

đŸ™‹â€â™‚ïž
Et toi, est-ce que tu as aimé cette édition ?
Pas Vraiment | Un peu | PlutĂŽt | Beaucoup | ÉnormĂ©ment

On se retrouve dans deux semaines pour une nouvelle Ă©dition.

PS : Toutes les éditions précédentes sont dispos ici. Elles sont rangées par grand thÚme pour que tu puisses t'y retrouver facilement.

👋
GaĂ«l 🌳

⚠
Et pour finir :
Je voudrais te rappeler qu’ici tu ne trouveras pas de conseils d'investissement ni de recommandations personnalisĂ©es. Ces informations sont impersonnelles, uniquement Ă  but informatif et pĂ©dagogique et ne sont pas adaptĂ©es aux besoins d'investissement d'une personne spĂ©cifique.

Tu dois aussi garder en tĂȘte qu’investir dans des actifs cotĂ©s ou non cotĂ©s comporte un risque de perte partielle ou totale des montants investis ainsi qu'un risque d'illiquiditĂ©.

Et enfin, le traitement fiscal d’un investissement dĂ©pend de la situation individuelle de chacun. Souviens-toi que les performances passĂ©es ne prĂ©jugent pas des performances futures.